Saturday, 28 November 2009

Rev Fr Jean Sibille, C.SS.R. (1910-1944)

Here we present the life of Fr Sibille. Unfortunately the posts are only available in French at present, but as usual we give a short summary of each chapter and some documents in English.


A note written on a calendar page by Fr Sibille:
Monday 7 August
St Laurent de Terregatte

My God, I willingly offer
the sacrifice of my life for France,
for the J.O.C., for souls!
Souls! . . . Souls!!

7 August 1944
Fr Jean Sibille



***
A Testimonial


14 August 1945
Monsieur Pierre SIBILLE
BOUZONVILLE (Moselle)
19, Rue de la République

Dear Sir,
May I above all present to you in the name of Captain Maggiar, and in my own name and that of all his companions in the regiment, our profound and respectful condolences.

Your son has left amongst us unforgettable memories. He was with us in North Africa during the formation of the regiment, in England during its training and during the long period we awaited our landing. His activity was a precious help for the commanding officers. From the beginning of the campaign in France he shared our sorrows: while accompanying to their deaths our first fallen, as well as sharing our joys at the victories in Normandy and at the liberation of Paris.

His discreet and efficacious apostolate and his ceaseless activity, his good humour and his smile made him the friend and confidant of all. The gift he had of always finding himself wherever his presence was necessary, the simplicity and authority with which he fulfilled a task rendered very difficult by the dispersion of his Regiment, have made him appear to us as the very epitome of a military chaplain par excellence.

It is with very profound grief that we saw him leave us – at the threshold of his native Lorraine, which he so loved and of which he spoke to us with such fervour and emotion. His death has left in our ranks an empty place, which will never be filled.

This death is marked for us with the signs of purity and of simplicity which were certainly two of the dominant characteristics of your son's life.

I wished him a final farewell before he was placed in the coffin, in death his face had retained his calm, smiling aspect which we all knew and loved so much in him.

As I told you, and I hope it will be for you a consolation as it was for us, your son died for his country and his Faith in the exercise of his apostolate.

Please deign to receive, dear Sir, the expression of my very sincere condolences and at the same time the assurance of my best wishes.

Captain Martinet
Second Commander of the Armoured Regiment of Marine Gunners

***

Notice
Second Armoured Division
Armoured Regiment of the Marine Gunners


Extract
of the decree of 13 February 1945
Official Journal of 4 March 1945


Nomination to the National Order of the Legion of Honour
(under posthumous title)

Sibille. J. Naval Chaplain
"A chaplain whose influence and total disregard of danger commanded admiration. Always in the front line, lifting the moral of all he approached by his calm words.
Already recommended twice, he fell mortally wounded at Flin where he had come to bring aid to two men who were gravely wounded.
P.C.C.
Captain Maggiar,
Commandant of the Armoured Regiment of the Marine Gunners
Signed, Maggiar

This citation carries with it the conferral of the "Croix de Guerre" with palms.

Captain Martinet
Second in Command of the R.B.F.M.
Signed, Martinet

Chapter One
Summary in English


Fr Jean Sibille was born in Bouzonville, a little city of Lorraine in the diocese of Metz. Interestingly Bouzonville gave three of its best sons to the Congregation of the Most Holy Redeemer – Fathers Glaser, Altmeyer and Sibille, and even more interestingly and somewhat strangely, each of these Redemptorists died at exactly the same age of 34 years in 1932, 1946 and 1944 respectively. The mayor of Bouzonville has posted a good number of old photographs of the town which give a good idea of the places mentioned in the early chapters of this presentation. You can view the pictures here.

Father was the sixth child after four girls and then a much prayed for little boy who died in infancy. He had also two younger sisters. Amongst many childhood incidents there is an amusing one of an officers "kepi" or military hat given to Jean by a cousin and which he proudly wore as his Sunday best.

He also had a tender love for animals and a generally sensitive disposition. His father, with some strictness, instilled discipline into his son, something which would serve him well later on. "I was raised by parents both pious and very conscious of their duty," attested Father Sibille.

Chapitre Ier
UN GARCON ET SIX FILLES


Allongée au bord de la Nied, Bouzonville, petite cité lorraine du diocèse de Metz, garde le cachet d’une bourgade moyenâgeuse. Son ancienne abbaye bénédictine du titre de Sainte-Croix, fondée vers 1030 par Albert d’Alsace, comte de Metz, et son épouse Judith, incendiée et restaurée plus d’une fois, transformée maintenant en hôpital, continue sa mission séculaire d’asile des pauvres et des souffrants. Toute impregnée des prières des moines, l’église paroissiale, en style ogival du XIVe siècle, à trois nefs, conserve une relique insigne de la vraie croix que le comte Albert avait rapportée d’un pélérinage en Palestine. (1)

La longue liste des quarante abbés de Bouzonville s’augmenta, au cours des siècles, de plus d’une belle figure sacerdotale ou religieuse.

Cette petite ville donna trois de ses meilleurs enfants à la Congrégation des Rédemptoristes, les Pères Glaser, Altmayer et Sibille, morts tous trois dans la fleur de leurs trente quatre ans.

Dans l’automne de 1910, Monsieur Glaser, clerc de notaire et chantre sacristain, voit partir son fils Joseph au petit séminaire de Montigny-les-Metz. Joseph, mobilisé en 1916, connaît toutes les horreurs des champs de bataille de la Galicie, de la Macédoine et de la France. Après deux années de Grand-Séminaire, ses voeux les plus ardents se réalisent. Il est admis, le 9 septembre 1920, au noviciat des Pères Rédemptoristes aux Trois-Epis. Doué de talents remarquables, le jeune prêtre se prépare au professorat en suivant les cours du Collège Angélique de Rome. Muni de tous les diplômes, il occupe la chaire de Droit cannon au scolasticat d’Echternach, avec une compétence et une conscience admirables. Mais dans la chaire de la parole divine, le Père se surpasse et fête de véritables triomphes. Le peuple et des nombreux prêtres, avides d’entendre sa parole harmonieuse, imagée et si riche en doctrine, le réclament comme missionnaire. Les supérieurs ayant accédés à ces désirs, le Père Glaser quitte l’enseignement pour se livrer à la prédication et aux travaux apostoliques.

La maladie de Basedow et la septicémie vinrent arrêter net sa brillante carrière. Terrassé, il demande des prières non pour guérir, mais pour faire la volonté de Dieu. “Mes forces déclinent, mes ailes sont brisées. Je ne pourrai plus voler que jusqu’à Dieu, mon Père. Venez, Seigneur Jésus.” Le 1er juin 1932, âgé de trente quatre ans, il prend son essor vers le ciel dans un dernier chant qui se mêlera harmonieusement aux accords des saints et des anges.

Le Père Jules Altmayer, né le 16 février 1911 à Château-Rouge, mais élevé à Bouzonville où son père tenait un atelier de sculpture, marcha dignement sur les traces de son compatriote. Après un bref séjour au petit-séminaire de Montigny, suivant son attrait pour la vie religieuse, il continua ses études chez les Pères Rédemptoristes. Sa santé fragile et sa faiblesse cardiaque ne l’empêchèrent pas de fournir un beau rendement, d’abord comme professeur de mathématiques au pensionnat de Bertigny près de Fribourg en Suisse, ensuite comme desservant de la petite paroisse de Froidos dans la Meuse où il avait trouvé un refuge durant ces années de guerre. Ne pouvant atteindre les âmes par la prédication, son zèle eut recours au ministère de la plume. Ses articles dans la revue “Le Perpétuel Secours” présentaient une doctrine ascétique solide et profonde dans un style vivant et concis. Toujours souffrant, souvent alité, il fut le vrai Père des infirmes, veillant à leurs intérêts spirituels et même matériels. Préoccupé de fonder des homes pour les malades, il s’en fut jusqu’à Annecy en quête de renseignements et de dévouements. C’est là que le dimanche 27 octobre 1946, le Christ-Roi vint prendre son jeune et fidèle serviteur, chargé de mérites et de bonnes oeuvres.

Et voici leur frère et leur émule, le souriant Père Jean Sibille. Sur la gauche de cette large rue pavée qui aboutit à l’église paroissiale s’élève une maison haute et mince qui s’ouvre au rez-de-chaussée sur un petit magasin de chaussures. Le cordonnier qui l’habite, Monsieur Pierre Sibille, rappelle bien un peu son brave compagnon dont parle La Fontaine.

“... il chante du matin jusqu’au soir,
Plus content qu’aucun des sept sages.
Il n’entasse guère

Un jour sur l’autre : il suffit qu’à la fin
Il attrape le bout de l’année :
Chaque jour amène son pain.”


Et, de 1902 à 1907, chaque année ou chaque deuxième année amène son enfant. Le cher papa et madame Marguerite Nadé, la bonne maman, l’acceuillent avec une joie toujours neuve. Ce sont des chrétiens de vieille souche. Une soeur et une tante de Mr.Sibille sont religieuses de la Providence de Peltre. Mais pourquoi Dieu ne leur envoie-t-il que des filles? Enfin, le 19 décembre 1908, au n° 189 de la Grand’Rue (actuellement n° 19 rue de la République) le bonheur leur sourit : après quatre filles, voici un joli garçon! Hélas ! le petit Gustave préfère la compagnie des anges à celle de ses soeurs qui l’ont pourtant couvert de leurs baisers et entouré de mille attentions. Après deux mois il s’est envolé au paradis.

Les prières redoublent dans ce foyer si religieux. On conjure le ciel d’envoyer un autre petit frère qui se plairait mieux sur notre terre et qui serait un jour officier, médecin, curé, missionnaire, et qui sait, peut-être même évêque ! Le 29 avril 1910, l’enfant prodige fait son entrée en ce monde. Tous le trouvent plein de charmes et de grâces. Dès le 5 mai on le porte en triomphe à l’église pour le baptême. Jean sera son nom. Il sera choyé et cajolé par tout son entourage. En 1912 et 1916, deux autres soeurs viendront encore égayer le cercle familial.

Petit bambin doux et timide, il fréquentera, dès l’âge le plus tendre, l’école maternelle tenue par ses éducatrices modèles que sont les Soeurs de Peltre. Durant les récréations, il prendra ses ébats autour du puits séculaire de la grande cour de l’ancienne Abbaye.

Tel jour de la guerre 1914-1918, un grand convoi de troupes passe devant la maison paternelle. Les habitants sont sur le pas de la porte pour le voir défiler. Les chevaux glissent sur le pavé humide, quelques-uns s’abattent et ont de la peine à se relever. Tout à coup, Jeannot a disparu. On le trouve dans un coin de la cuisine, se bouchant les yeux et les oreilles. Son tendre coeur ne pouvait voir souffrir les pauvres bêtes.

Trois petits chiens lui furent offertes tour à tour. On ne pouvait lui faire de meilleur cadeau. Malheureusement, en grandissant ils tombèrent tous malades. Quel gros chagrin ! Il s’en alla avec ses chers toutous chez le vétérinaire. En infirmier consciencieux et dévoué, il leur administra tous les remèdes. Hélas ! tous ses soins furent inutiles. Et Loulou et Fidèle et Mimi, tous les trois, trépassèrent. Pour Jeannot ce fut chaque fois un jour de deuil où il ne put prendre aucune nourriture.

A la belle saison, Jean sort tous les jours avec ses deux chèvres pour les mener auix pâturages. Les chevaux eux-mêmes ne l’effraient pas. En ces années 1915-1916, les médecins sortent encore en coupé. A califourchon sur le cheval de flèche, Jean n’est pas peu fier de conduire l’attelage de Monsieur le docteur de Bouzonville. Malheureusement, il est désarçonné à la première caracole. L’accident risque de devenir très grave. Les deux chevaux arrière se cabrent et s’emballent. On relève le cavalier qui saigne et crie à tue-tête. La frayeur a été plus grande que la blessure. Cependant, toute sa vie, Jean gardera les traces d’un beau fer à cheval imprimées dans le cuir chevelu.

Tout jeune, il donne déjà de belles preuves de son ardent patriotisme. En 1918, un sien cousin de Rennes lui a offert un magnifique képi d’officier. Un képi rouge ! Ce sera la coiffure des dimanches et des grandes fêtes.

Achille, quoique éduqué au milieu des filles de Lycomède, fut nouri par le centaure Chiron de moelle des lions. Il devint un homme, le plus fameux des héros grecs. “J’eus le bonheur d’être élevé par des parents pieux et très conscients de leurs devoirs,” témoignera Jean Sibille. De bonne heure il récite ses prières au petit Jésus et à la bonne Mère Marie.

“La discipline, dit le vieil adage militaire, est la force principale des armées.” Elle est aussi le principe d’une bonne éducation, pensait le brave papa Sibille qui depuis vingt-sept ans, avec sa hallebarde, sa grande stature et sa longue moustache, maintient l’ordre à l’église de Bouzonville, en s’y promenant en son constume chamarré de suisse. A Jean il n’épargnera pas l’effort dur et soutenu. Il avait bien compris que “rien n’est dangereux pour celui qui est dessous comme la bonhomie de celui qui est dessus” (2). Jean qui prêchera si bien l’esprit de sacrifice aux Coeurs Vaillants parlera d’expérience quand il leur dira : “Pour qu’un gâteau soit meilleur on le saupoudre de quelques grains de sucre, pour bonifier une omelette, il faut quelques grains de sel, pour rendre une journée plus belle, il faut l’assaisonner de quelques sacrifices. Les grains de sacrifice piquent d’abord comme le sel, mais ils se transforment ensuite en sucre et c’est le bon goût qui reste.”

Chacune de ses journées est parsemée de ces petits sacrifices. Tous les matins, il est levé de très bonne heure, pour servir la messe à l’Ecole ménagère d’abord et ensuite à l’église paroissiale. “Si l’effort coûte, l’effort paie. Il rapporte plus de bonheur qu’il n’impose de peine. En meutrissant notre appétit de jouir, le renoncement fait saigner la chair du vieil homme, mais en épanouissant nos sentiments les meilleurs, il fait chanter l’âme du régénéré.” (3) †

(Taken from the life by Rev Fr P. Stricher, C.SS.R. "Chaplain of the Marine Gunners," and typed by Mr Aime Dupont of Flanders.)

1. Allemang, art. Bouzonville, Dictionnaire d’Histoire et de Géographie Ecclésiastiques, Fasc. LV – LVI, col. 284-286.
2. CH. PEGUY, cité par G. COURTOIS, L’art d’être Chef, Lyon, Editions Rivoire, p. 127-128.
3. ABBE TELLIER DE PONCHEVILLE, causerie de Radio Strasbourg, 5 oct. 1938, La Croix, 13 oct. 1938.

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